Lettre à la Ministre Hélène David

Les Ami.es du parc Rutherford ont envoyé cette lettre à la Ministre David

 

Chère Madame la Ministre David

Nous vous avons sollicité l’été dernier dans le dossier du parc Rutherford (20 juillet 2015). Nous nous permettons de réitérer notre demande d’apposer votre veto au réaménagement du parc Rutherford étant donné que le maire Coderre n’a apporté aucune réponse cohérente à notre requête.

Ce projet bénéficierait d’une subvention du ministère de l’Éducation, des Loisirs et des Sports. Il gaspillerait des deniers publics et de surcroit priverait nos concitoyens de leur bien public. Il viole de façon flagrante les normes environnementales, patrimoniales et l’accès citoyen à l’espace public. Nous en appelons à votre jugement et au principe de précaution à titre de ministre de tutelle de cet espace.

Entre 2009 et 2010, l’ancienne administration municipale a adopté, sans consultation publique, un projet d’aménagement d’un terrain synthétique multisports dans un parc de quartier de Ville-Marie, le parc Rutherford. Ce parc public est conformément à la déclaration de l’arrondissement historique et naturel du Mont-Royal un « site patrimonial protégé» soit: « (…) un territoire qui présente un intérêt pour sa valeur archéologique, architecturale, artistique, emblématique, ethnologique, historique, identitaire, paysagère, scientifique, urbanistique ou technologique. »[1] À l’instar des dirigeants du National Association for Olmsted Parks, dans leur lettre qui vous a été adressée le 14 Septembre 2015, plusieurs organismes dans le sillage des Amis de la montagne ont déploré ce projet et imploré la préservation patrimoniale et environnementale du site.

Ce parc est situé dans le Site patrimonial du Mont-Royal entre les rues Dr Penfield, des Pins et McTavish, en surface du réservoir d’eau McTavish. La mairie avait en 2009 décidé de fermer ce parc alléguant la sécurité antiterroriste, suscitant une mobilisation citoyenne qui a rouvert le parc. C’est le même élan qui anime depuis un an les citoyen.nes constitué.e.s en association, les Ami.es du parc Rutherford, alarmé.e.s par des dimensions inquiétantes de ce projet.

Le 21 décembre 2010, proposé par Sammy Forcillo et appuyé par Jocelyn Ann Campbell, est adopté le dépôt d'une demande de «financement au Programme d'infrastructures Québec-Municipalités du ministère des Affaires municipales, des Régions et de l’Occupation du territoire et à tout autre programme de subvention provincial et fédéral, dans les mêmes termes financiers, pour le projet d'aménagement d'un terrain multisport (sic) avec surface synthétique au parc Rutherford».[2]

Il est troublant de noter que l’étude de faisabilité de 2011 sur l’aménagement du parc Rutherford a été effectuée par un fonctionnaire de la Ville qui devient, quelques semaines plus tard, président de la compagnie qu’il a fondée, Expertise Sports Design LG. Elle a préalablement obtenu de la Ville de Montréal plusieurs contrats d’aménagement de terrains sportifs. Suite à notre divulgation de cette affaire à l’inspecteur général de la Ville de Montréal «La firme Expertise Sports Design LG a donc été déclarée non conforme.»[3]

L’administration municipale qui dit se démarquer de ces pratiques peu transparentes, a relancé le projet en profitant de la réfection de la membrane du réservoir d’eau situé sous ce parc, et des travaux de raclage de la façade de la falaise attenante. Ces travaux ont d’ailleurs exposé les racines de nombreux arbres et certains ont désormais disparu.

L’aménagement du terrain multisports en gazon synthétique et à l’éclairage intempestifrépondrait selon le maire à une demande sportive grandissante. En réalité, il est réservé en priorité à l’Université McGill qui participe au financement de l’aménagement. Ceci restreint l’accès du parc Rutherfordaux Montréalais.es et résident.e.s du Plateau Mont-Royal et Ville-Marie qui l’utilisent depuis des décennies. Cet endroit de sérénité est un espace récréatif, sportif, familial et de détente. McGill dispose de 4 terrains de sports, dont 3 en gazon synthétique dans un rayon de moins de 1 km. Il lui est loisible d’aménager le terrain à l’entrée de son campus sur la rue Sherbrooke. Interpellé en vain pour qu’il reconsidère le projet, le maire Coderre a déclaré qu’il a pris lui même cette décision[4] et que « … faut pas y voir une théorie des complots, on veut maximiser l’endroit. Si on peut faire une entente également avec l’Université McGill… pourquoi pas… »[5].

Le terrain synthétique occuperait l’immense portion praticable du parc et les 26 % allégués de sa surface par rapport à l’aire totale incluent les versants abrupts, la station météorologique d’Environnement Canada, les installations du système des eaux ou de sécurité tous inaccessibles. Les résident.e.s et les Montréalais.es n’auront accès à leur parc de quartier et à leur espace patrimonial que les fins de semaine, McGill ayant l’usage exclusif le reste du temps. Ceci est une privatisation de l’espace public et patrimonial où le contribuable est ponctionné de 2 250 000$ pour se voir priver de l’accès au parc, quasiment réservé aux étudiant.es de McGill. Les étudiants des cycles supérieurs ont d’ailleurs refusé en référendum une augmentation de leur frais scolaire pour contribuer aux 750 000$ correspondant à l’apport de McGill.

Nous avons demandé en vain la divulgation de l’étude d’impact environnementale notamment sur les risques de contamination de l’eau. Les fragments SBRr[6] des terrains synthétiques comporteraient des risques à long terme sur la santé des usagers, mais aussi sur les installations d’eau. Le déversement de produits organiques de la montagne exige un assainissement onéreux des terrains synthétiques sans lequel la désagrégation des fragments s’accélère. Si le parc est interdit aux chiens en raison de leurs déjections, comment cette membrane empêcherait-elle les infiltrations des produits toxiques, fongicides, herbicides et autres bactéricides ?

La détérioration de la qualité de l’air et l’augmentation significative de la température intensifieront lesîlots de chaleurs au centre-ville[7] en proie au smog. Ce projet d’aménagement va à l’encontre des initiatives environnementales de lutte aux îlots de chaleur et de ses effets sur la santé publique.

La Table de concertation du Mont-Royal a émis des réserves à ce projet. Suite à nos pressions, vous auriez reçu de plusieurs organismes des objections à ce réaménagement. En contradiction avec le Plan de protection et de mise en valeur du Mont-Royal, le Plan de conservation du site patrimonial du Mont-Royal et la Promenade « Fleuve-Montagne » du 375e de Montréal, ce projet doit impérativement être arrêté et votre autorité et jugement pourraient aider à y sursoir.

Malgré des divisions internes de fonctionnaires sur ce projet, a été modifiée la résolution CA12 240466. Elle annule le mandat accordé au Bureau Expertise Parcs de la Direction des grands parcs et du verdissement, pour la réalisation des services professionnels requis au projet de réaménagement d'un terrain multisports au parc Rutherford.

Honorable Madame David, à titre de ministre et députée d’Outremont au lieu de gazon synthétique, vous comprenez qu’il faut rétablir l’espace herbacé naturel et réhabiliter la végétation ainsi que le milieu humide. Nous vous prions de vous enquérir sur notre site d’alternatives plus conformes avec votre mandat. En ces temps d’austérité, les sommes à dépenser sans consultations publiques pourraient être utilisées de façon plus économes et à des fins plus écologiques et sociales. Nous vous demandons, à l’instar de divers organismes[8] de maintenir le caractère multiusager et multifonctionnel en tout temps du parc Rutherford. Les Montréalais.es pourraient alors pleinement bénéficier de cet espace patrimonial et de son aire naturelle. C’est pourquoi nous vous demandons de sursoir à l’autorisation de ce projet dans le Site patrimonial du Mont-Royal.

Nous souhaiterions vivement vous rencontrer ou vous recevoir sur les lieux. Nous vous prions d’agréer l’expression de nos salutations distinguées.

 

Ami.es du parc Rutherford

ami.esduparcrutherford@gmail.com

C .C

L’Honorable Sébastien Proulx, ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport

M. Denis Coderre, maire de Montréal de la Ville de Montréal et de l'arrondissement de Ville-Marie

M. Réal Ménard, responsable du développement durable, de l'environnement, des grands parcs et des espaces verts au comité exécutif de Montréal

M. Luc Ferrandez, chef de l'opposition de la Ville de Montréal et maire de l'arrondissement du Plateau-Mont-Royal

Mme Suzanne Fortier, principale et vice-chancelière, Université McGill

Mme Coralie Deny, directrice générale du Conseil régional de l’environnement de Montréal

M. Dinu Bumbaru, directeur des politiques d'Héritage Montréal

Mme Sylvie Guilbault, directrice générale des Amis de la montagne

 

 

[1] Gouvernement du Québec. Loi sur le patrimoine culturel, chap.1 art.2 alinéa 9

[2] Ville de Montréal/Ville-Marie. Procès-verbal de la séance ordinaire du conseil d'arrondissement mardi 21 décembre 2010

[3]http://ville.montreal.qc.ca/documents/Adi_Public/CA_Vma/CA_Vma_ODJ_LP_ORDI_2015-06-08_19h00_FR.pdf

[4]http://ville.montreal.qc.ca/portal/page?_pageid=7317%2C103319577&_dad=portal&_schema=PORTAL

[5]http://webtv.coop/category/video/Assemblee-du-conseil-municipal-de-Montreal-18-avril-2016-Questions-du-public/911218a42fbeae5a4776ff4fda3097cd/22

[6] Styrene-butadiene rubber recyclé

[7]http://geoegl.msp.gouv.qc.ca/golocmsp/?id=03c4f75427

http://www.synturf.org/images/CamiloNewSynthetic_turf_Montreal.pdf

[8] Les amis de la montagne, Héritage Montréal, CRE-Montréal, Centre d’écologie urbaine de Montréal, National Association for Olmsted Parks, CCMP, CMP, etc.

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